Le Gange, le fleuve sacré

Le fleuve aux 168 noms sacrés s'écoule sur près de 3 000 km dans le nord-ouest de l'Inde. Prenant sa source dans l'Himalaya, demeure de Shiva, il traverse montagnes, plaines et villes et termine sa folle course dans le golfe du Bengale. Là, il se jette dans l'océan, où tout va et tout retourne.


La naissance du Gange

Plusieurs légendes racontent la naissance du fleuve Dieu. La plus populaire décrit Shiva jouant de la flute d'une façon si merveilleuse que l'âme de Vishnou en fut toute ébranlée. Dès lors, ses pieds se mirent à fondre. Brahma, dans sa grande vigilance, s'empara d'un pot et recueillit ce liquide sacré qui donna naissance au Gange. On appelle aussi le Gange "Vishnou-padi", le fleuve né des pieds de Vishnou. Les hommes suppliaient Brahma de leur donner l'eau, nécessaire à toute vie. Celui-ci proposa à sa fille, la déesse Ganga, d'apporter le liquide nourricier sur terre mais se défaire de sa nature divine n'enchantait guère trop la déesse qui décida de livrer une eau dévastatrice aux hommes. Comprenant son projet, Shiva intercepta cette eau qu'il garda dans sa chevelure le temps de l'apaiser. Ainsi béni des trois dieux de la Trimurti indienne, le Gange fut offert aux hommes.


L'eau purificatrice

L'eau, source de vie, a toujours joué un rôle sacré parmi les hommes. En Inde, cette dimension semble sans borne, reflétant ainsi la qualité liquide et sans fin de l'élément lui-même. Pour l'hindou, les rituels d'élimination et de purification grâce à l'eau rythment la journée, d'ablutions en gargarismes. Pénétrer dans les eaux sacrées du fleuve ou s'asperger de cette même eau lave les péchés et rapproche du divin. Mais l'attraction du fleuve opère au delà.  Les personnes se sentant en fin de vie viennent séjourner à proximité du fleuve, espérant ainsi mourir en son flanc (notamment à Bénarès). En effet, le Gange en purifiant les âmes permettrait de cesser définitivement le cycle des réincarnations ou tout au moins offrirait une âme meilleure pour la prochaine vie. Les maharajas l'avaient bien compris qui firent construire nombre de leur palais près du fleuve. Par ailleurs, les hindous incinèrent leurs morts sur les rives et dispersent les cendres dans le ventre du fleuve auquel ils accèdent par les "ghats", ces fameux escaliers construits à même l'eau.


Le fleuve, un enjeu multidimensionnel

"Entre tous les fleuves, je suis le Gange" déclare Krishna dans la Bhagavad-Gita. Parmi les sept fleuves sacrés de l'Inde, le Gange scintille d'une aura particulière entretenue par tous les grands textes de l'hindouisme. Un temps objet de convoitise (les perses, Alexandre le Grand...), le Gange constitue une valeur économique cruciale qui attire la moitié de la population indienne. Parfois calme et sobre, le fleuve devient le long de son parcours torrent ou même océan. Ses moissons redoutées autant qu'espérées fécondent les terres agricoles. Vénéré par la population, le fleuve est l'objet de nombreux pèlerinages autant qu'un attrait touristique puissant, malgré sa pollution grandissante. Les reflets que son eau renvoie symbolisent parfaitement l'hindouisme qui invite à dépasser les illusions pour partir à la rencontre de la vérité.

 
 
- Isabelle Calkins -

 

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