Retrouver le goût du silence

Les monastères et autres lieux de ressourcement spirituel accueillent de plus en plus de personnes en quête de calme et de silence. Le Bouddha, aussi appelé Mahâmuni c.-à-d. le "grand silencieux", bien qu'ayant beaucoup utilisé la parole, fut un adepte du silence, un moyen de faire toucher plus sûrement à la vérité.

Le silence, un besoin

La vie d'autrefois réservait de nombreux moments de calme et de silence pendant la journée. Avec le développement du confort et des gadgets électroniques qui lui sont associés, il devient rare de pouvoir faire l'expérience du silence. Les sollicitations sont nombreuses et le téléphone portable ou le mp3 qui accompagne le moindre de nos gestes éloignent toute perspective de calme. Le besoin n'en devient que plus urgent. Le paradoxe de ces objets provient du fait que s'ils nous relient au monde et à ceux/ce que nous aimons, ils nous éloignent aussi de nous en attirant sans cesse notre attention à l'extérieur de nous même, créant ainsi dispersion et fatigue. Le silence, s'il est un lieu où la parole est absente, possède une richesse bien plus dense comme le rappelle cette phrase de Lao-Tseu: "la plus grande révélation est le silence"
 

Inviter le silence

Le silence fait peur tant il nous est devenu étranger. Sans le savoir, ou consciemment, nous remplissons ces espaces qui nous inquiètent en jouant la musique que nous aimons ou en appelant un ami. Pourtant, notre mental souffre d'être si agité et encombré. Un moment de présence à soi peut générer, à la longue, une véritable délivrance. Pour ce faire, il suffit d'interroger nos actions et plus encore l'intention qui les gouverne. Ne parlons-nous pas trop? Avons-nous réfléchi suffisamment avant de nous exprimer? Utilisons-nous nos mots ou ceux des autres? Écoutons-nous suffisamment, ceux qui nous parlent ou le silence quand il se présente? En choisissant de nous mettre un peu en retrait du mouvement habituel, nous nous donnons la chance de vivre plus en lien avec notre intériorité en même temps que nous nous vidons d'un trop plein et apaisons notre mental.
 
 

Le silence, espace de découverte

Le silence extérieur nous permet de prendre conscience de notre propre agitation intérieure, de l'observer et de travailler consciemment à son apaisement. Le silence nous relie à notre intériorité, il nous permet de descendre en nous pour faire connaissance honnêtement avec qui nous sommes. Il autorise une profondeur nouvelle. Bouddha lui -même, après son éveil, est resté 5 semaines sans s'exprimer tant ce qu'il comprenait désormais était de l'ordre de l'indicible. Certaines pratiques spirituelles privilégient le silence, parfois comme mode de réponse, dans l'espoir de transcender notre compréhension dualiste. En effet, l'usage des mots renvoie souvent aux croyances qui nous habitent déjà et nous limitent, réactivant ainsi sans cesse le même cercle. Le silence est un espace nécessaire dans lequel s'agencent les connaissances nouvelles. Il amène vers une certaine pureté car il exprime l'essentiel et procure, en même temps, un apaisement vivifiant.
 
 
- Isabelle Calkins -