Le yoga caritatif

Les difficultés économiques actuelles, tant au niveau des ménages qu’au niveau mondial, suscitent questionnements et remises en cause de plus en plus pressantes. Dans ce contexte, de nombreux professeurs de yoga s’efforcent de redonner à leur discipline toute sa dimension généreuse en développant des actions caritatives.

Le prix de l'enseignement

 
Le débat a toujours fait rage, faut-il ou non payer pour pouvoir bénéficier de l’enseignement du yoga ? Les points de vue divergent. Pour le yogi Bhajan, qui enseignait le kundalini yoga aux usa dans les années 60 et 70, toute leçon doit être rémunérée car la rémunération équilibre l’échange professeur/élève. L’argent est ici considéré comme une forme d’énergie que l’on doit aussi être capable de produire. Pour d’autres, au contraire, il serait insensé d’introduire un aspect monétaire car l’enseignement du yoga relève de la notion de service désintéressé, appelé « seva » en sanskrit. De la même façon que recevoir l’enseignement du yoga est un don, participer à sa perpétuation constitue également un don, qui doit rester libre de toute contingence matérielle afin de préserver un esprit libre. Cependant, la plupart des professeurs de yoga se situent à mi-chemin de ces deux approches, se faisant payer pour enseigner le yoga, parce qu’évoluant dans une société fortement monétarisée.
 
 

Les actions caritatives

Face aux critiques qui se sont élevées, de-ci de-là, reprochant au yoga de diluer son esprit au profit des aspects plus strictement physiques et face à la difficulté des temps présents, de nombreux professeurs mettent concrètement en exergue l’aspect dévotionnel du yoga, rivalisant ainsi de créativité. Certains proposent les tapis à la location, reversent une partie de leur bénéfice ou organisent des classes entières au profit d’une cause déclarée. D’autres modulent leur proposition l’adaptant aux besoins des élèves. Ceux-ci peuvent alors payer en fonction de leurs moyens (aucun prix arbitraire n’est posé) ou peuvent à la place du paiement effectuer une action caritative, en donnant de leur temps auprès d’une communauté, en aidant le studio de yoga ou en se rendant utile auprès de leur entourage ou de personnes inconnues. Le mouvement « Yoga stops traffic », par exemple, cherche à développer la conscience sur le trafic sexuel des enfants et des femmes en Inde pour que celui-ci cesse. Lors d’une journée mondiale, les professeurs de yoga enseignent pour faire connaître cette cause..
 
 

La notion complexe de "seva"

Proposer des cours gratuitement n’est pas forcément une panacée car beaucoup de personnes rechignent à les suivre ne supportant pas de prendre sans donner, quand elles n’associent pas la hauteur du prix à la valeur véritable du cours. Dans une société monétisée, « Seva », la notion de service désintéressé rencontre des résistances inattendues et subtiles, diverses formes de culpabilité ayant fait leur chemin. Pourtant la notion de service ne saurait se résumer à une dynamique simpliste. Recevoir et/ou partager à un endroit peut trouver sa résolution par un don effectué ailleurs, à un autre moment. La graine a toujours eut besoin de temps pour germer. En cette période de vacances, chacun dispose d’une disponibilité pour explorer les mille et une facettes du don. Paradoxalement, donner aux autres, c’est aussi largement se donner. En se rendant utile, par des actions désintéressées, on fait du bien à notre âme et on se réchauffe le cœur.article Isabelle Calkins
 
 
 
- Isabelle Calkins -