Mudita : apprendre à "boire à la fontaine"

Dans la philosophie Bouddhiste, mudita est le troisième de quatre brahmaviharas, l'expression intérieure du divin : la bonté, la compassion, la joie et l’égalité de l’âme font partie de l'essence même de la vraie nature de chaque être humain.

Le terme mudita est souvent traduit comme la joie "compatissante" ou "altruiste", le plaisir qui vient lorsque nous nous réjouissons du bien-être des autres (plutôt que d’être envieux). Mais en pratique, dans la vie courants, il est devenu difficile d'éprouver du bonheur pour autrui à moins que nous ne développions d'abord la capacité d'être heureux dans notre propre vie. Ainsi, beaucoup de professeurs Bouddhistes interprètent le mudita comme étant « la fontaine intérieure de joie infinie » qui est à disposition de chacun d'entre nous et ce à tout moment, indépendamment de nos circonstances de vie. Plus nous buvons en profondeur de cette fontaine, plus  nous développons notre pré-disposition au bonheur qui nous permet de savourer aussi la joie des autres.


Nous avons tous eu des moments qui nous ont montrés que le bonheur n'a pas forcément de lien direct avec notre environnement, mais qu’il est étroitement lié à notre état d'esprit, notre mental, notre affect.
Nous pouvons boire des margaritas sur une plage des Caraïbes, totalement malheureux; nous pouvons être en retard pour le travail, bloqués dans la neige fondue glaciale en plein embouteillage à Paris, tout en débordant de bonheur.

Dernièrement, les scientifiques ont récemment démontré un intérêt pour ce phénomène et ont confirmé ce que les yogis ont acquis depuis des siècles : notre mental peut être systématiquement entrainé afin de produire des états joyeux. Dans un article du New-York Times publié en 2008, le scientifique Daniel Goleman écrit que les personnes pratiquant régulièrement la méditation devenaient radicalement plus heureuse, pleine d'énergie, et moins anxieuses - une différence entre les modèles distinctifs d'activité cérébrale ont été démontrés par les examens MRI et des EEG. Chacun d'entre nous semble avoir ce que Goleman appelle un "repère" émotionnel - un  modèle distinctif d'activité cérébrale (et une humeur correspondante) qui nous « embarque », peu importe l’environnement.
Heureusement, la science confirme maintenant, qu'une pratique contemplative régulière peut justement bousculer ce « repère » et influer sur notre état émotionnel.


Rechercher ce qui est bon

Ainsi comment pouvons-nous utiliser notre pratique des asanas afin de boire dans notre propre fontaine de joie ? Le professeur de yoga John Friend (fondateur du Yoga Anusara) invite tout yogi à  "rechercher ce qui est bon"  sans se focaliser sur ce qui ne va pas dans notre pratique de yoga (et dans nos vies), mais sur ce qui est juste et ce qui nous apporte du plaisir. Laisser les sensations positives et agréables atteindre notre conscience, nous permet de savourer le lâcher-prise dans une omoplate coincée, un picotement dans l'épine dorsale, ou la stimulation d'un muscle endormi de la cuisse. Ainsi, plutôt que d’être frustré par ce que nous ne pouvons pas accomplir, nous pouvons nous féliciter de nos petits progrès, même pour le simple fait d’être sur notre tapis…

 


Bibliographie :
-    Mathieu Ricard, Plaidoyer pour le Bonheur. Editions Pocket
-    Daniel Goleman, Emitional Intelligence. http://www.danielgoleman.info/
-    John Friend, Anusara Yoga. http://www.anusara.com