Interview Sophie Perret du Cray

Une rencontre avec Sophie Perret du Cray Professeur de yoga sur la côte basque Nous sommes avec Sophie Perret du Cray professeur de yoga à Anglet sur la côte basque. YM - Bonjour Sophie, Merci de nous définir le yoga que tu enseignes SPDC - Pour moi, le yoga est un art spirituel qui se sert des mécanismes du corps pour créer harmonie et union en soi et autour de soi. J’enseigne un yoga fluide, tel le yoga Vinyasa aussi appelé Hatha Flow, guidé par la respiration, où les postures sont enchaînées puis posées, dans la recherche de l’alignement et la paix intérieure. Avec le temps, quand la respiration est ressentie, c’est une méditation en mouvement qui prend place.Le tapis de yoga est un point de ralliement, et la pratique un moment d’enrichissement personnel. On y retrouve la simplicité, la cohérence, l’authenticité et la liberté, qui débordent du tapis pour venir enrichir et améliorer notre vie quotidienne. J’invite les élèves à reprendre conscience de leur respiration, la clé de voûte du yoga, qui fait le trait d’union entre le corps et l’esprit, entre la matière et l’éther. C’est cette trinité à laquelle je les rappelle sans cesse.Quant aux postures, elles sont des manières d’arranger le corps intelligemment et de l’ancrer dans l’instant présent, monopolisant l’intégralité de l’être grâce à une concentration soutenue, vive et sereine à la fois. C’est un retour vers soi qui passe par le corps. J’accompagne souvent les cours de musique favorisant l’introspection. Pour ouvrir le cours, une mise en présence instaure le silence intérieur, suivie par des échauffements synchronisant le mouvement et la respiration, les salutations au soleil faisant circuler l’énergie, les postures debout travaillant l’ancrage, le renforcement et l’équilibre, et des postures au sol permettant de libérer les tensions et enfin savasana, la divine relaxation guidée pour intégrer les bénéfices de la séance.Je pense qu’il est important de pratiquer le yoga dans le respect des limites du corps et c’est avec compassion et douceur que l’on peut "décristalliser" les tensions et dissoudre les résistances, en temps voulu bien sûr.L’équilibre entre l’effort et le lâcher prise est crucial dans chaque pose, l’équilibre entre le yang et le yin pour se reposer entre les deux, dans la voie du milieu, afin que la pose vibre. Il y a la part d’action du pratiquant, son effort, et l’espace pour ce que ce qui est plus grand que nous se manifeste.Le yoga est un entraînement de l’esprit, qui apprend à observer. Chaque séance laisse un résidu grâce auquel, progressivement, l’esprit s’éloigne de l’inattention pour se rapprocher de l’observation. On crée ainsi de l’espace dans et autour de nous. Un certain recul fait que naturellement, la vie sera vécue de manière plus organique et plus spontanée, au lieu d’être menée par des réactions et des habitudes automatiques qui ternissent la réalité. Après plusieurs années d’expérience en tant qu’enseignante diplômée, j’ai créé mon école pour communiquer ma passion dans le respect des principes qui me sont chers. J’interviens dans des établissements de la côte basque et je donne des cours particuliers en individuel ou en petit groupe, à domicile ou en entreprise.YM - Comment es-tu venue au yoga ?SPDC - J’ai découvert le yoga lors de mon premier voyage en Inde, avec un médecin indien. De retour à Londres où je vivais à l’époque, le yoga a véritablement changé ma vie et en a fait partie intégrante. Il y devait y avoir en moi un besoin latent d’élévation et le yoga m’a aidée et montré le chemin sur lequel j’ai la joie d’avancer tous les jours. J’ai la chance d’avoir pu étudier cette science dont l’apprentissage anime ma vie quotidienne. Aujourd’hui cette expérience se définit par les mots : ancrage, fluidité, expansion, harmonie, liberté, amour… Un rapprochement avec l’essentiel, la véritable source du bonheur. YM - Comment en es-tu venue à cette approche du yoga ?SPDC - J’ai pratiqué dans différentes traditions de yoga et j’en ai étudié plusieurs lors de mon apprentissage à Londres avec le Life Centre, une école formidable dont l’enseignement était très complet et très riche. Je me suis appropriée ces styles et mes expériences personnelles dans le monde du yoga et dans ma vie, en ont fait ressortir ce que j’avais le plus besoin d’enseigner, en ce moment du moins. Car la pratique évolue et l’enseignement avec !Je m’inspire donc du Yoga  du Yin et du Yang étudié avec Sarah Powers (avec la théorie des méridiens de la médecine chinoise), de l’Ashtanga étudié avec Richard Freeman dont l’enseignement m’a été très cher, de l’Iyengar bien sûr, du précieux yoga d’Erich Schiffmann qui encourage la liberté, du Vinyasa Flow pratiqué avec Shiva Rea, de l’Anusara, la radiance de la conscience et la voie du cœur, du Yoga Nidra qui permet d’accéder aux couches subtiles de l’être, des systèmes de pensée positive, de mes formations en Reiki et guérison… YM - As-tu une préférence ?SPDC - Non, c’est la combinaison de l’ensemble, et selon le groupe, l’énergie et la saison, il y en a un qui sera prédominant dans mes cours, ou qui me parlera plus. C’est pour ça que mes cours, particuliers et collectifs, sont très différents, même si toujours basés sur des principes qui me sont chers. J’essaie de montrer que le yoga n’est pas une pratique figée, je ne m’enferme pas dans une routine ni dans les règles d’une seule approche car pour moi, ce serait être en contradiction avec l’essence même du yoga.Le yoga postural Hatha yoga, quel qu’il soit, doit être enseigné dans le contexte des 8 membres de l’Ashtanga Yoga de Patanjali (à ne pas confondre avec l’ashtanga yoga de Sri Pattabhi Jois qui est une des différentes pratiques de yoga postural).Quoi qu’il arrive, quand le cœur et l’esprit sont concentrés, des qualités d’apaisement et d’éveil font surface. J’encourage les élèves à puiser dans leurs ressources afin qu’ils trouvent leur propre liberté.YM - Analyse d’une salle de cours ? SPDC - Il arrive souvent que je m’écarte du plan de cours que j’avais préparé pour m’adapter aux besoins du groupe dans l’instant présent. Le corps et l’énergie de chaque individu présent dans la salle contribuent à mon inspiration et à mon discours. Et comme j’aime suivre mes élèves de près, je propose des variations à ceux qui sont aptes à aller plus loin dans les postures, car dans un cours personne n’est exactement au même niveau.Chaque groupe est différent, chaque cours aussi et quand les élèves sont familiers avec les postures et les principes de base, j’aime varier les séquences et les thèmes, afin de les garder en éveil, de cultiver leur curiosité, de travailler avec l’intégralité de l’être.L’important, c’est d’évoluer en douceur, la fin ne justifie pas les moyens. D’autant plus que ce voyage dont la destination est notre plus grande intimité, est sans fin ! Apprécions-le. YM - Les débutants manquent de souplesse. Est-ce un obstacle ?SPDC - En aucun cas. Les limites du corps sont simplement à respecter. Le corps a ses raisons pour avoir créé des résistances et les tensions ont souvent mis des années à se mettre en place. Prenons-en conscience et laissons le corps lâcher quand il est prêt, familier avec la pratique, et en confiance. Sur le tapis, l’élève doit se poser la question : "Qu’est-ce qui apporterait harmonie et équilibre dans mon corps aujourd’hui ?"Une fois dans l’acceptation, on savoure, et on est disponible à ce qui fait surface. J’enseigne aux débutants les principes de base mais sans les submerger, pour qu’ils pratiquent dans la liberté de la respiration et le respect de l’alignement. C’est un véritable plaisir de les accompagner dans leur découverte et de voir leurs corps pétiller, rayonner ! Je guide les élèves, débutants ou avancés, je leur donne des directives et aime les suivre de près. Encore faut-il bien sûr l’intention individuelle de chacun, un certain degré d’ouverture, de volonté, et surtout l’abandon de toute attente…YM - Et la respiration dans tout ça ?SPDC - S’il y a un panneau vers la santé, la libération, l’Eveil, c’est celui de la respiration. Ce qui est beau, c’est que dès que nous portons attention à la respiration, sa qualité change. Donc même si cela prend du temps pour un élève de fluidifier son souffle, il doit avoir confiance que sa simple observation lui donne la chance de se déployer et de s’amplifier.Il y a une citation de Paramahansa Hariharananda, maître du Kriya yoga, qui résume très bien la relation intime entre la respiration et les états psychiques : "Tel souffle, tel mental. Tel mental, tel homme." La respiration définit la vie que nous menons. Une respiration agitée agite l’esprit et un esprit agité agite la respiration ; ils sont le miroir l’un de l’autre. Il est donc très utile, surtout de nos jours, d’apprivoiser son souffle pour stabiliser et amenuiser l’activité mentale.Je mets vraiment l’accent sur l’éveil de la respiration. Elle est tout simplement le baromètre de la pratique. A mes yeux, elle doit rester au premier plan et ne jamais être sacrifiée au profit d’une posture. A quoi servirait de pratiquer le yoga si encore une fois on ne laissait pas la place à la respiration ? On perdrait de vue un des objectifs majeurs du yoga… Pendant les cours, on apprend à réguler sa respiration et à se familiariser avec son flux et reflux, avec les sensations du flot d’air qui se diffuse dans toutes les fibres de l’organisme… Peu à peu, elle devient plus subtile et elle permet à la grâce et à la spontanéité de refaire surface, transformant ainsi la pratique. En définitive, c’est la qualité de la respiration qui témoigne des véritables progrès sur le chemin du yoga. Sophie Perret du Cray est professeur de yoga Elle assure des cours à l’Ecole YOGAM sur la côte basque : http://www.omyogam.blogspot.com Tel. 06.47.95.65.91